Instant d'éco: L'état stationnaire

L'état stationnaire

L’idée d’un Etat stationnaire est l’une des grandes théories de David Ricardo (économiste classique du milieu du XIXe). Ce dernier part des travaux de Robert Malthus. Pour ce pasteur, la population croît de manière géométrique (1,2,4,8,16…) alors que la production agricole qui permet de nourrir la population croît de manière arithmétique (1,2,3,4,5…). Un fossé se creuse donc entre les deux et la population augmente trop vite. Il existe des « barrières naturelles » à l’accroissement de la population, comme les épidémies, la guerre… Mais la paix et les lois pour les pauvres favorisent la croissance de la population et dirigent l’économie vers de nombreuses difficultés.

 Ricardo formalise un peu plus cette idée, avec le principe de rendement décroissant des terres agricoles. Plus la population augmente, plus on est obligé de mettre en culture de nouvelles terres. Or ces nouvelles terres seront moins fertiles que les premières, donc moins productives. Le prix des denrées alimentaires va alors grimper, faisant monter de même les salaires (le salaire est un salaire de subsistance qui sert à payer le minimum vital au travailleur). La hausse de salaire conduit à la baisse du profit, qui mène à un ralentissement de l’économie et, à long terme, à l’état stationnaire.

Heureusement le progrès technique et le commerce international semblent avoir repoussés cet état stationnaire aux calendes grecques. Mais cette théorie marque une première prise de conscience d’un monde fini, c'est-à-dire d’un monde où les ressources naturelles (les terres ici) sont limitées. Jevons, le père de la théorie marginaliste (avec Léon Walras, et Carl Menger) et de l'idéologie néo-classique, formule un paradoxe : les ressources naturelles sont limitées, mais le progrès technique permet d'en réduire les coûts d'extraction et d'utilisation. Le progrès technique accélère donc l'épuisement des stocks de ressources naturelles.

Depuis longtemps, les économistes avaient donc pris en compte cette contrainte environnementale. Mais cet état stationnaire ne fait pas peur à John Stuart Mill (économiste classique, dans la lignée de Smith et Ricardo). Pour ce dernier, l'état stationnaire signifie la fin de la quête du profit à tout prix et la recherche du bénéfice qu'on peut dire culturel. Keynes, presque un siècle plus tard, suivra cette idée. Il explique que dans quelques générations, les individus seront sept à huit fois plus riches, ce qui leur permettra de satisfaire sans problème leurs besoins absolus (les besoins nécessaires et indépendants des autres individus). Se pose alors la question des besoins relatifs, qui visent à satisfaire notre désir de puissance social, d'ostentation. Pour mener une « vie bonne », il faut s'écarter de ces désirs. Keynes souhaite le rejet de « l'amour de l'argent », remplacé par l'amour de l'éducation et de l'art.

Bien entendu, ces idéaux semblent véhiculer une vision aristocratique de la société. La réalisation de ces projets passe donc par une réduction des inégalités et une démocratisation réelle de l'éducation. Cette pensée se retrouve aujourd'hui chez les partisans de la décroissance.

A.G

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